
Le dimanche prochain, c’est-à-dire à une semaine de la fête identitaire Agbésiyanlé, la communauté Waci de Comé dans le département du Mono, se rendra dans le village de Saradji pour honorer la mémoire des fils et filles disparus lors des affrontements historiques entre les troupes Fon du Danxomè et celles des Waci. C’est une journée de recueillement.
Avant de dire à peu près ce qui se passera sur les lieux ce dimanche, il est essentiel d’apporter un éclairage sur la signification de cette localité emblématique, appelée à devenir un site touristique majeur et proposée à une reconnaissance au patrimoine de l’UNESCO. Dans la langue wacigbe, ce lieu se prononce de trois manières : Saɖadji, Saradji ou Saladji. Ces variantes renvoient toutes à un même espace historique. Le terme Saɖa (ou Sara/Sala) désigne à l’origine des tentes de cantonnement utilisées autrefois dans des environnements désertiques. Par extension, il évoque un campement militaire ou un lieu d’installation temporaire.
Ainsi, Saradji signifie littéralement « au niveau du campement ».
Selon la tradition orale, après les premiers moments difficiles liés à l’invasion des troupes du Danxomè depuis Hɔngodi Blɔmə (au moment d’une cérémonie de sortie de couvent des Avlékétissi), les ancêtres Waci, sous la conduite du redoutable chef de guerre Tɔgbui Kpozoblati, se sont réorganisés pour lancer une contre-offensive stratégique. Ils sont alors allés surprendre l’ennemi à l’endroit même où celui-ci avait installé son campement (sara).
En wacigbe, l’expression « Míǝtɔwo yi jǝ futɔwo mǝ́ saraa ji » signifie : « Nos pères sont allés attaquer le camp de l’ennemi ». C’est de cet événement que le lieu tire son nom : Saradji. Les guerriers Waci, mobilisés et organisés, ont ainsi découvert et démantelé le camp ennemi. Cet épisode fera renaître le chant de guerre « aʋa kɔ sara », héritage de l’ancêtre Tɔgbui Akiti, fondateur de la chefferie Waci de Comè et figure emblématique des communautés Waci (Comè, Agoutomè, Gbehoué-Waci, Kpovidji, Sehokodji, Oumako…), qui appelait, par « Aʋa kɔ sara », son armée constituée d’hommes, de femmes et de chiens de chasse suffisamment dressés pour la guerre.
Ce chant, encore présent dans le rythme Agbadja de Oumako, symbolise une philosophie profonde. Les Waci ne sont donc pas un peuple conquérant, mais un peuple de défense, prêt à repousser toute présence hostile sur son territoire. Cette identité guerrière, souvent interprétée comme de l’obstination, traduit en réalité un attachement fort à la liberté, à la dignité et au refus de toute domination.
Elle explique également pourquoi la chefferie chez les Waci ne s’est pas structurée sous la forme d’une royauté absolue, où un souverain disposerait d’un pouvoir de vie et de mort sur ses sujets, mais s’apparentait davantage à une forme de république, d’où la chefferie traditionnelle. Comprendre ces épisodes d’affrontements entre les Fon et les Waci permet d’éclairer les dynamiques historiques et culturelles entre ces deux peuples aujourd’hui apparentés. Les traces de ces événements, bien que souvent invisibles, demeurent présentes sur les plans spirituel et symbolique et continuent d’influencer les relations entre ces communautés. Rendez-vous dimanche prochain à Saradji.
Réalisation : Richard Mensah Elom Agbenomba et Prosper Assou



